Philosophie et subtilités de la vie

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    La Souffrance - par Julien Gelas

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    Admin - Wargrinder
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    La Souffrance - par Julien Gelas

    Message  Admin - Wargrinder le Dim 30 Mai - 21:20

    La Souffrance

    Il y a une certitude pratique (qui relève du non théorique) absolue pour la vie humaine : nous souffrons.
    Parler de la souffrance au singulier peut sembler impropre voire incongrue, tant l'on trouve sur cette terre une multitude de souffrances. En effet, nous éprouvons toutes sortes de souffrances au cours de notre vie, spécifiques selon les individus. Pourtant aussi différentes soient les situations douloureuses de nos vies, nous pouvons trouver en regardant de plus près que les causes de ne souffrances ont pour la plupart du temps une même origine, celle de l'incapacité que nous avons à comprendre pleinement la souffrance pour elle-même, et surtout à vivre dans l'instant présent.

    Excepté la souffrance physique qui est plus de l'ordre de la douleur et qui relève des contingences du corps, nous pouvons souffrir psychologiquement le plus souvent par rapport à quelque chose auquel on s'identifie, tiraillé entre les angoisses d'un futur dont nous n'avons aucune certitude et nostalgique au regard d'un passé où nous étions heureux, nous souffrons sans pouvoir goûter la saveur de l'instant présent. Pascal écrivait « nous ne vivons jamais nous espérons de vivre et ainsi nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous le soyons jamais », pour montrer à quel point l'homme ne vit que par rapport au futur et à quel point il oublie l'instant présent qui lui seul peut apporter le bonheur. Idée simple, ressassée dans toutes les sagesses du monde. Mais idée forte, vraie, dont chacun peut mesurer la puissance quand il en fait l’expérience. En étant moins pessimiste et moins sévère que Pascal, on pourrait dire que nous souffrons en partie parce que nous ne vivons pas assez dans le présent en poursuivant sans arrêt des buts, qui s'ils ne sont pas atteints nous rendent insatisfaits et s'ils le sont laissent le plus souvent la place à l'ennui ou au manque de nouveau. Car beaucoup de désirs portent sur l'avenir et naissent d’un manque car si l’on avait tout ce qu'on désire, il n’y aurait plus de manque et donc plus de désir, et c'est justement ce désir qui n'est pas satisfait qui est souffrance, mais une fois satisfait, le plaisir diminue peu à peu et l'on s'ennuie. Si bien que l'on peut citer la phrase de Schopenhauer la plus désespérante de la philosophie « toute notre vie oscille comme un pendule de droite à gauche de la souffrance à l'ennui » là encore il y a une généralisation un peu forcée du philosophe qui tente de normaliser le réel et en oublie certains de ses aspects.
    Si ça n'était que cela ne nous n'irions pas bien loin et la vie serait bien triste, or on ne peut résumer la vie à un tel schéma, tant les individus ont des vies différentes et singulières. De plus la vie refuse la souffrance, c'est pourquoi nous cherchons spontanément à la fuir, sans chercher véritablement à la comprendre et à l'accepter. La souffrance incarne à nos yeux le mal, le négatif, elle nous révolte et nous afflige pour la plupart, si bien que quand elle surgit et nous habite nous ne s'avons que faire et nous pouvons nous sentir la plupart du temps comme désemparés. Si l’on met de côté ceux qui cherchent la souffrance dans une perspective sadomasochiste ou qui cherchent à y entrer pour en sortir, il semble que le réflex naturel que nous avons, est de fuir la souffrance, car la souffrance appelle en creux notre propre destruction, et c’est notre volonté de conservation qui y fait rempart. En un sens elle demeure une énigme insoluble pour l'homme, car si « Dieu est amour pourquoi la peine de l’homme est si grande » disait Voltaire dans ses lettres philosophiques et l'on peut comprendre le désespoir d'Albert Camus qui écrivait dans l'Homme révolté « ce n'est pas la souffrance de l'enfant qui est révoltante en elle-même, mais le fait que cette souffrance ne soit pas justifiée, la souffrance use l'espoir et la foi ».
    Se pose alors une question: Quelles sont les causes de ma souffrance ? Les différentes religions donnent toutes leurs réponses, plus ou moins métaphysiques, qui demeurent en vérité pour la plupart invérifiables et très hypothétiques. Qu'il s'agisse d'actes négatifs accumulés dans le passé ou du destin ou de la providence. Or si chacun peut y trouver du réconfort ça n’est pas sans se bercer d’illusions.

    Or si l’on tente de revenir à l’homme (sans s’appuyer sur des béquilles religieuses), nous pouvons prendre conscience avec lucidité de la part du tragique de l’existence, à savoir que le bonheur comme la souffrance que nous éprouvons ne dépendent pas tout le temps de nous que si nous sommes malheureux ou souffrants cela n'est pas forcément de notre faute. Le bonheur et la souffrance ne sont pas nécessaires mais contingents, ils peuvent ou ne pas être, et résultent d'une multitude de facteurs qui peuvent nous échapper le plus souvent. C'est là le tragique de l'existence humaine que nous devons accepter. C'est justement cette acceptation qui rend nos moments de joie et de bonheur encore plus riche et plus intense et nous donne par notre lucidité un regard plus distancié avec le mal ou notre mal.
    Les sagesses du monde nous enseigne de pratiquer le contentement de ce que nous avons, de ce que nous sommes. Accepter la souffrance c'est déjà la transcender. Mais attention ne nous méprenons pas, si la souffrance que nous éprouvons peut être due à ce qui ne dépend pas de nous, elle peut évidemment dépendre de nous, sans quoi on nierait toute responsabilité à l’homme. Car même s’il est possible que le libre arbitre soit une illusion, l’intuition nous figure comme des êtres libres, capables selon les moments de s’autodéterminer. Donc libres de choisir, de vouloir, de décider par moments. Cette faculté que nous, êtres humains possédons, est ce qui nous élève au-dessus des autres êtres vivants (même si nous oscillons facilement de l’ange à la bête). Malheureusement faute de sagesse, nous pouvons en faire un mauvais usage.

    Nos choix sont primordiaux, qu’ils soient effectués en conscience et en connaissance de cause, rend ces choix libres. Car c'est notre intentionnalité qui est à l'origine de certaines de nos peines ou de nos joies, la spontanéité de notre volonté est la condition de la responsabilité morale. C'est pourquoi nous devons avoir conscience que ce que nous faisons nous façonne en retour, il paraît évident que si je pratique la générosité je vais devenir quelqu'un de généreux et que si je me saoule tous les soirs au vin je risque de devenir un ivrogne. Nous sommes donc « responsables de nos actes » comme le pensait Aristote. Cela signifie qu'il peut dépendre de nous de moins souffrir et de choisir ce qui est bon. On peut donc mieux faire que guérir le mal, on peut l'anticiper, pour l'éviter, ce qui est somme toute bien plus facile, mais cela requiert un esprit lucide et clairvoyant.

    La souffrance est en vérité indissociable de l'existence humaine, chacun en fait l'expérience principalement à la naissance, durant la maladie et parfois durant la mort, mais nous souffrons également quand nous sommes associés à ce que nous n'aimons pas et séparés de ce que nous aimons, n’obtenons pas ce que nous désirons et subissons l’indésirable. Voilà les six grands types de souffrance que nous rencontrons tous. La souffrance est inhérente à l'homme et le Bouddha et le Christ chacun à leur manière, nous ont peut-être montré la voie en l’acceptant pleinement. Nous ne pourrons moins souffrir que si nous réalisons, et acceptons la souffrance c'est pourquoi il n'est jamais trop tard de philosopher, d'étudier et surtout de pratiquer les grandes sagesses que l'humanité nous a léguées. Ses sagesses nous incitent à cultiver l'ensemble des vertus que sont la joie la compassion et l'amour ainsi que l'altruisme. L'altruisme est un extraordinaire moyen pour nous permettre de moins souffrir. Car lorsque nous souffrons nous restons obsédés par le fait que ce soit moi qui souffre, nous nous identifions à la souffrance et n'en sortons plus, or la volonté de faire le bien d'autrui, ce que l'on nome la bienfaisance ou la compassion, représentent le plus puissant des remèdes contre notre auto centrisme qui nous emprisonne dans notre souffrance. Après il n’est pas aisé de donner des recettes toutes faites à cet altruisme. L’héritage que nous recevons ne condamne pas une évolution, qui peut se faire par la volonté et l’effort. Donc on peut par l’effort développer ces aspects qui à bien regarder les gens qui les pratiquent, montrent qu'ils sont des remèdes plutôt efficaces contre la souffrance et le carcan du moi.
    La vie est parfois difficile et injuste et nous nous sentons démunis face aux difficultés et aux souffrances qui nous tombent dessus, la pratique altruiste nous permet justement de prendre du recul avec les difficultés et surtout de prendre la considération que certains êtres souffrent bien plus que nous, qu'il y a pire. Nous pouvons donc toucher au plus profond de nous-mêmes notre souffrance et l'accepter. C'est ce à quoi invité Bouddha dans nombreux de ses sermons.
    Marcel Proust écrivait dans ses correspondances « on peut guérir d’une souffrance qu'à condition de l’éprouver pleinement », autrement dit le fait de souffrir peut-être salutaire si nous nous efforçons non pas de juger la souffrance et donc de la figer mais de la comprendre pleinement.

    En conclusion on peut dire qu'il n'y a pas de recette au bonheur, le bonheur ne se fabrique pas avec des ingrédients, comme on peut faire un gâteau en cuisine. Ce qui demeure, c'est que la raison, qui est une faculté de connaissance de nous mêmes et des phénomènes que nous éprouvons, est un moyen (parmi d'autres) pour prévenir certains maux. Si l'on admet que la souffrance peut être souvent due à une ignorance de nous même, alors il suit de là que la connaissance peut être un remède efficace. Car le bonheur et la souffrance ne sont pas que les simples caprices de la fortune. N'oublions pas que notre ami le plus proche, comme notre ennemi le plus cruel reste nous-même. La souffrance n'a de sens que si nous savons la comprendre. De sorte qu'on peut citer Nietzsche ici qui écrivait dans les Considérations inactuelles:"Que ta souffrance te serve à ton lendemain."



    Julien Gelas

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